Jean-Pierre Castel, François Cohadon, la 3e édition de votre ouvrage Les traumatisés crâniens, de l’accident à la réinsertion vient de sortir, revue et complétée, 10 ans après la publication de la 1re édition. Qu’est-ce qui a motivé votre souhait de réaliser une telle mise à jour ?
Il était devenu nécessaire de mettre à jour cet ouvrage sur le plan épidémiologique, physiopathologique et clinique en raison des nouveaux protocoles de prise en charge ou de soins et des publications récentes que nous avons recensés. C’est ainsi que nous avons choisi de réécrire certains chapitres ou paragraphes entiers et d’adjoindre ici ou là de nombreuses références bibliographiques récentes et pertinentes. Nous souhaitions aussi harmoniser l’ensemble de l’ouvrage pour en faciliter sa lecture. Tout cela explique l’augmentation importante du nombre de pages de cette nouvelle édition.
Vous avez pris le parti de la pluridisciplinarité avec cette réédition, mais à quels professionnels de santé vous adressez-vous ?
Cet ouvrage est écrit par des neurochirurgiens et des rééducateurs spécialisés, et, par conséquent, nous nous adressons d’abord à nos pairs, sans exclusivité. Mais notre objectif est d’intéresser tous les professionnels de santé exerçant leurs talents auprès de traumatisés crâniens. Le traumatisme crânien est un tout et quel que soit le moment où se place son action, chacun des acteurs de la longue chaîne de soignants doit pouvoir comprendre les points essentiels qui jalonnent l’histoire du blessé et qui expliquent son évolution. |
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Quelle interaction avez-vous avec les réanimateurs dans la phase de prise en charge initiale ?
La place de la réanimation est essentielle dans la prise en charge initiale du traumatisme crânien grave et durant les 30 jours environ qui suivent l’accident. Cet ouvrage n’a pas pour objectif d’apporter des recettes nouvelles à nos collègues réanimateurs ou de leur donner des conseils. Ils sont très bien organisés pour ce faire à travers leurs sociétés savantes et leurs publications scientifiques. Ils retrouveront dans cet ouvrage les règles de bonne pratique clinique appliquées à la prise en charge de ces blessés lors de la phase aiguë. Toutes ces recommandations sont reconnues sur le plan international en raison de leur très sérieuse évaluation méthodologique. Ils peuvent aussi être intéressés par le chapitre descriptif des lésions intracrâniennes ou, mieux encore, par la découverte de ce long parcours du blessé durant les phases de rééducation, de réadaptation puis de réinsertion qui suivent celle de la réanimation. Cette longue période leur est moins connue. Elle pourrait leur paraître moins technique que la phase initiale dont ils partagent la responsabilité avec les neurochirurgiens. Il n’en est rien, car tous les acteurs ultérieurs sont, comme eux, des professionnels spécialisés et de grande expérience.
La réadaptation et la réinsertion ont-elles évolué, y a-t-il des techniques de prise en charge nouvelles qui doivent être relatées ?
Chacune des périodes de rééducation, de réadaptation puis de réinsertion du traumatisé crânien grave a subi de profonds remaniements ces dernières années. Plusieurs équipes se sont spécialisées autour de l’éveil du comateux, des éveils retardés, des états végétatifs, des déficits neurocognitifs. Au bout de cette longue chaîne spécialisée, il y a les équipes de réinsertion dont la mise en place et l’organisation sont plus récentes. Nous détaillons les progrès de cette prise en charge jusqu’à son aspect médico-légal profondément remanié par les nouvelles lois de février 2005 sur les droits de la personne handicapée.
Peut-on être plus optimiste aujourd’hui en matière de soins adéquats pour une rééducation optimum des patients traumatisés crâniens ?
Une rééducation optimum se joue en fait tout au long de l’évolution. Actuellement, dans notre pays, la prise en charge des traumatisés crâniens, surtout des blessés les plus graves, est mise en œuvre dans de bonnes conditions sans doute à toutes les étapes du parcours. Des structures adaptées et des équipes compétentes sont disponibles presque partout. L’optimisme est la règle absolue de ces équipes, même si chacun est bien conscient, devant chaque blessé, que les destructions cérébrales initiales ne sont guère réparables et marquent à toute récupération ses limites. Mais lorsque ces limites, justement, se dessinent, beaucoup d’espoir doit encore être mis dans les possibilités de la réadaptation et de la réinsertion. Un optimisme raisonnable est ici possible pour deux raisons. D’un côté, l’expérience nous a appris que la personne à ce stade, si étrangement changée qu’elle paraisse à ses proches, si lourd que soit son handicap, est souvent capable d’étonnantes réadaptations. D’un autre côté, à l’évidence, notre société accepte aujourd’hui de faire face à la réalité du handicap, elle consent et organise des dispositifs et des compensations nécessaires pour l’accueil, la réinsertion, la réintégration même, de chaque personne au mieux de son autonomie possible. Les traumatisés crâniens graves, comme tant d’autres blessés de la vie, bénéficient au premier chef de ces évolutions.
Recommandez-vous cet ouvrage aux urgentistes et aux réanimateurs ?
Les urgentistes sont en première ligne pour accueillir les traumatisés crâniens légers. Cet ouvrage peut les aider dans leur mission de diagnostic et de surveillance de ces blessés. Dans un certain nombre de cas bien précisés aujourd’hui, ils auront recours à l’imagerie. Ils peuvent retrouver ici une description simple des lésions intracrâniennes, en particulier de toutes celles qui demandent un avis neurochirurgical. Mais au-delà de ce rôle de diagnostic, ils seront parfois les seuls médecins que le blessé léger aura rencontrés après son accident. Nous estimons qu’il leur appartient aussi de comprendre la genèse du syndrome postcommotionnel et d’en organiser la prévention avant même la sortie du blessé du service des urgences.
Propos recueillis par la rédaction
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