Y a-t-il une augmentation des risques de cardiopathie congénitale dans le monde industrialisé, notamment avec la prévalence importante de l’obésité ?
Non dans l’absolu. L’étiologie des cardiopathies congénitales n’est pas encore complètement élucidée bien que les progrès de la génétique aient permis une grande avancée dans la compréhension de certains syndromes. Certains médicaments sont également potentiellement responsables d’un taux accru de cardiopathies (antidépresseurs, lithium…). Le diabète maternel est également source de problèmes cardiologiques chez l’enfant, ce qui, de façon indirecte, peut rejoindre votre question.
Est-ce que, globalement, le dépistage anténatal et la connaissance des risques, par la femme enceinte, de développement de ces pathologies chez le fœtus peuvent donner l’espoir d’une décroissance des risques ?
Non, il ne peut y avoir de décroissance des risques par un meilleur dépistage des cardiopathies congénitales in utero. En revanche, lorsque la cardiopathie est découverte in utero, la prise en charge est optimisée dans certains cas exigeant une intervention chirurgicale dès les premiers jours de vie (anomalie des retours veineux pulmonaires, transposition des gros vaisseaux…). Quant à la détection de cardiopathies considérées comme « incurables », on ne connaît pas exactement l’impact du diagnostic anténatal sur la prévalence des cardiopathies congénitales à la naissance, mais une étude est actuellement en cours pour répondre à cette question.
Les examens cliniques ont-ils évolué ? L’inspection, la palpation et l’auscultation se font-elles différemment chez le pédiatre et chez le cardiologue ?
Non, et c’est le pédiatre qui, à la découverte d’un signe d’appel cardiologique, adresse l’enfant au cardio-pédiatre. C’est l’échocardiographie qui posera le diagnostic précis de la cardiopathie.
Le recours à l’échocardiographie concerne-t-il une part importante des diagnostics ou bien est-il réservé à certaines pathologies ?
L’échocardiographie est l’examen de référence qui doit être réalisé pour éliminer une cardiopathie et pouvoir alors rassurer les parents sur le caractère fonctionnel du souffle.
L’enfant atteint de cardiopathie en réanimation est-il à surveiller également par un cardiologue ?
Une surveillance cardio-pédiatrique peut en effet être nécessaire. Certains traitements peuvent avoir des effets secondaires délétères, surtout en cas d’obstacle sur le cœur gauche, et l’endocardite d’Osler doit toujours être présente à l’esprit devant ces enfants dont le risque est accentué par les gestes de réanimation…
En quoi la connaissance des cardiopathies constitue-t-elle un point clé dans la gestion des risques opératoires pour le chirurgien et l’anesthésiste ?
Il est indispensable pour l’anesthésiste d’avoir une connaissance de la cardiopathie car l’induction anesthésique et le suivi peropératoire et postopératoire justifieront l’adaptation à la situation hémodynamique de l’enfant. En effet, un enfant qui a un shunt gauche-droit ne doit pas être ventilé avec une forte FiO2 dont l’effet vasodilatateur pulmonaire risquerait d’être responsable d’une défaillance cardiaque. Il est également important de connaître la saturation habituelle d’enfants atteints de cardiopathies cyanogènes, qu’il faut parfois savoir respecter plutôt que chercher à améliorer la saturation par une ventilation inadaptée, voire dangereuse.
Ce livre intéressera-t-il tout autant les anesthésistes pratiquant l’anesthésie en chirurgie cardiaque que non cardiaque ?
Nous pensons, pour les raisons que nous venons d’exposer, qu’il devrait intéresser tout autant voire plus les anesthésistes des secteurs chirurgicaux non cardiaques, même s’il nous est souvent demandé de voir les enfants avant toute chirurgie afin de permettre à l’anesthésiste d’avoir des éléments récents sur la fonction myocardique et la situation hémodynamique.
La capacité par les anesthésistes pédiatriques de détecter ces anomalies cardiopathiques est-elle réelle ? Doivent-ils s’adresser en premier lieu au cardiologue en cas de suspicion ?
Il est très fréquent que l’anesthésiste au cours de la consultation préopératoire détecte un souffle ou une autre anomalie cardiologique (HTA, fémorales mal perçues…). Il est, dans ce cas, indispensable d’adresser l’enfant au cardio-pédiatre avant l’intervention afin d’éliminer une cardiopathie qui contre-indiquerait ou imposerait de différer l’intervention.
Propos recueillis par la rédaction
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