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Événements indésirables : graves mais stables

Source : Cécile Almendros, L’Infirmière Magazine 2010;269:6.

Le nombre et le profil des événements indésirables graves associés aux soins a peu évolué en 5 ans, montre la seconde édition de l’enquête Enéis.

Les premiers résultats de l’enquête nationale 2009 sur les événements indésirables graves associés aux soins (Enéis) ont été dévoilés fin novembre. Réalisée par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES, ministère de la Santé), elle montre une grande stabilité des données par rapport à la précédente édition de 2004, tant en termes de fréquence que de type ou de conséquences. Destinée à évaluer la fréquence et l’« évitabilité » des événements indésirables graves (EIG) associés aux soins (Les EIG sont définis comme « des événements défavorables pour le patient, ayant un caractère certain de gravité (à l’origine d’un séjour hospitalier ou de sa prolongation, d’une incapacité ou d’un risque vital) » et associés à des soins (DREES). ), Enéis recense tous les EIG, mais s’intéresse plus particulièrement à ceux considérés comme « évitables ».

Des patients fragiles

Si l’on s’intéresse aux EIG évitables survenus au cours d’une hospitalisation, on n’observe pas de différence statistiquement significative selon la discipline ou le type d’établissement, notent les auteurs. Une extrapolation des données à la France entière permet d’estimer à un nombre compris entre 275 000 et 395 000 les EIG survenus dans l’année. Parmi eux, de 95 000 à 180 000 sont jugés évitables, avec des conséquences allant d’une prolongation du séjour à la mise en jeu du pronostic vital, voire au décès, en passant par diverses incapacités. À noter que « la fragilité du patient est associée à plus de 80 % des EIG identifiés pendant l’hospitalisation, et le comportement (non-compliance, refus de soins) du patient lui-même, à un cinquième des cas ». Si les causes profondes de survenue des EIG évitables sont très partagées, dans un cas sur quatre environ sont cités des défaillances humaines des professionnels, la supervision insuffisante des collaborateurs et le manque de communication entre soignants. Le manque de personnel paramédical est également évoqué. Globalement, pour les EIG survenus pendant l’hospitalisation, la situation a peu évolué entre les années 2004 et 2009.

Culture de sécurité

Quant aux EIG à l’origine d’une hospitalisation, ils représentent 4,5 % des séjours, soit près de 1 séjour hospitalier sur 20, proportion plus élevée en médecine (5,3 %) qu’en chirurgie (3,4 %). L’extrapolation des résultats de l’enquête permet d’estimer à un nombre compris entre 330 000 et 490 000 les EIG à l’origine d’une hospitalisation, dont 160 000 à 290 000 évitables, parmi lesquels 1,6 % sont associés à des produits de santé (notamment les médicaments). À noter, depuis 2004, une augmentation en unités de chirurgie de la proportion de séjours provoqués par des infections du site opératoire liées à des interventions lors d’hospitalisations antérieures. Une hypothèse d’explication de ce phénomène réside dans le raccourcissement observé de la durée des séjours hospitaliers, entraînant l’identification de l’infection au domicile du patient ou une prise en charge non optimale de la plaie opératoire en médecine ambulatoire. Si les résultats montrent une certaine stabilité, cela ne doit pas pour autant conduire à « conclure à l’absence de changements en termes de culture de sécurité et de comportements des acteurs du système de santé, lesquels ne sont pas mesurés par les indicateurs », insistent les auteurs.

En chiffres

La seconde édition de l’enquête Enéis a été menée d’avril à juin 2009 dans 251 unités de médecine et de chirurgie de 81 établissements de santé (CHU-CHR, CH et établissements privés à but lucratif), dans 31 départements. Au total, 8 269 patients ont été suivis, en moyenne, pendant 3,8 jours, soit 31 663 jours d’observation. L’équipe se composait de 57 enquêteurs dont 28 infirmiers (IDE ou cadres de soins) et 29 médecins qui ne pouvaient réaliser l’étude dans leur établissement d’origine.

 
Mise en ligne décembre 2010